29/05/2026
Nous avons rencontré Nedjma Berchiche à l’École de La Volia pendant son apprentissage en Art Dramatique. Notre pratique a résonné chez elle d’une façon immédiate et authentique. Très vite, elle a su accompagner des groupes d’élèves dans leurs trainings respiratoires et aujourd’hui, Jules Audry, directeur de La Volia, lui confie la responsabilité de certaines sessions .
Elle participe également à l’équipe pédagogique de l’École de la Respiration pendant nos stages collectifs de septembre à l’ARTA, lors de nos cours réguliers du lundi matin au Dojo, elle accompagne également en cours particuliers les personnes souhaitant un suivi respiratoire plus axé sur leurs fragilités de santé.
« Je suis comédienne et cela fait maintenant plusieurs années que je pratique avec l’École de la Respiration, en me formant auprès de Catherine. Cette approche concrète et vivante m’a tout de suite parue essentielle en scène et dans la vie. J’essaie maintenant de l’emmener partout avec moi, sur tous les terrains : à l’intérieur d’une réplique de texte, d’un parcours dansé, d’un silence, d’un moment de répétition avec mon collectif. Mais surtout, la partager !
Grâce à ce travail, je me surprends à prendre de nouvelles initiatives, à mener des trainings respiratoires en écoles d’art dramatique, à accompagner des adolescents porteurs de trisomie 21 autour du souffle et de la voix.
C’est ainsi que j’ai commencé un travail avec un jeune garçon, Paul Barthélémy, alors âgé de 15 ans.
Au départ, il y avait une grande frustration : celle de ne pas être compris. Il devait répéter des phrases qui s’emmêlaient au moment de les dire, certaines consonnes en particulier avaient du mal à sortir. Sa hâte de prendre la parole se heurtait souvent à l’incompréhension de son entourage. Ses mâchoires étaient crispées, sa posture impactée, ses cervicales douloureuses. Son attention se dispersait facilement, rendant les échanges difficiles à approfondir. Son rire lui-même trahissait un inconfort respiratoire. Ces fragilités pouvaient le plonger dans un certain abattement ou une forte colère contre lui-même.
Cela fait maintenant trois ans que nous travaillons ensemble. Paul a fait confiance à ce temps long et, peu à peu, le découragement s’est estompé. Son amour des animaux a été une précieuse porte d’entrée pour explorer la respiration physiologique. Ensemble nous les avons observés, la manière de s’étirer, de jaillir, la densité de leur présence, la fluidité de leur respiration dans leurs actions, quand son chien, son chat se reposaient près de nous.
Nos séances se déroulent aussi bien chez lui qu’en extérieur, dans la rue, dans des parcs. J’ai remarqué qu’il était souple, mais que ses jambes répondaient difficilement à l’effort. Ce manque de tonicité influençait l’ouverture de ses pieds et rendait sa marche et son équilibre fragiles. Nous cherchons donc à relier sa souplesse à un travail de mobilisation musculaire. Paul me montre les roulades et les torsions qu’il pratique en arts martiaux… et nous y ajoutons des expirations par la bouche, par le nez ou sur le timbre.
Dans la course à pied, on souffle !
Sur son skateboard, on souffle !
Sur la frappe du ballon, on souffle !
Sur chaque marche des escaliers on souffle !
Peu à peu, il gagne en calme et en amplitude dans ses efforts.
Un pont se crée alors entre les muscles et le souffle, puis entre le souffle et la voix. Paul met son humour, son excellente mémoire et son goût pour les jeux de mots, au service de notre travail. Nous abordons les textes des chansons qu’il aime, ainsi que les phrases qu’il souhaite dire. Nous associons un geste explosif des jambes à la projection de chaque syllabe à prononcer.
Nous travaillons le rire, pour que le rire véritable nous gagne, nous rions à gorge déployée…
Son sens du rythme se met en place, son timbre s’allège.
La précipitation laisse place à un ancrage plus solide.
Dans la rue, il saisit l’occasion de rencontres brèves, il sait entrer en contact avec une personne spontanément. En découvrant quelles zones de son corps mobiliser, il sait s’exprimer plus clairement dans une discussion.
Récemment, après un stage dans une épicerie bio, il a été reçu en entretien pour intégrer une formation professionnalisante en région lyonnaise. Il a réussi ses oraux et se sent désormais capable de témoigner de son parcours.
Cette rencontre m’a révélée la puissance de cette pratique respiratoire, capable d’accompagner chacun, chacune, quel que soit son point de départ. Précieuse, libératrice, humaine, elle ouvre des portes d’une façon inattendue. Aujourd’hui, j’ai envie d’explorer tout ce qu’elle peut apporter dans le champ du handicap, à tout âge, dans toutes les trajectoires de vie. »
Nedjma Berchiche.
La pratique de la respiration diaphragmatique permet d’accéder à des couches profondes en nous, c’est un travail au long terme qui appelle répétition, patience, elle libère le souffle, déclenche l’élan vital d’une façon concrète, elle nous fait progresser, nous reconstruit et aide jusqu’à ceux qui sont les plus fragiles…
Telle est la raison d’être de l’École de la Respiration.