11/06/2025
[3/6] La calligraphie
En calligraphie japonaise, le souffle précède et guide le geste. À l’expiration, le trait naît, unique et irréversible. Le pinceau suit le souffle, révélant l’état intérieur et transformant l’acte d’écrire en présence vivante.
[3/6] La calligraphie
Il y a dans la calligraphie japonaise (ou shodō) une forme de silence.
Pas celui de l’absence, mais celui qui précède le geste, quand le souffle s’installe et que l’encre attend.
Avant chaque trait, le calligraphe respire. Et dans cette respiration réside une décision viscérale. C’est là que tout commence.
Au moment précis de l’expiration, le pinceau entre en mouvement. Ni trop tôt, ni trop tard. Le souffle guide la main et l’artiste, en silence, laisse s’exprimer ce qui ne peut être dit autrement. Le corps tout entier s’accorde à cet instant.
On dit que le pinceau suit le souffle, et que le souffle révèle l’esprit. C’est là toute la philosophie du shodō : inscrire dans la matière une énergie invisible, vivante (le ki).
Chaque ligne est un souffle devenu forme. Rien n’est effacé, rien n’est repris. Chaque trait est unique, irréversible. Comme le souffle qu’on vient d’offrir.
Ce n’est pas une performance, c’est une présence. Il faut être pleinement là, et oser le trait.
Une respiration engage tout l’être. On n’écrit pas un mot : on trace un état intérieur. Et plus le souffle est calme, plus l’encre parle juste.
Alors on comprend que calligraphier, ce n’est pas apprendre à bien former les caractères, mais c’est apprendre à habiter son souffle. À l’écouter, à le suivre, à lui faire confiance. Calligraphier, c’est ralentir jusqu’à sentir. Jusqu’à entendre, dans le geste, le souffle qui nous relie au vivant.