06/05/2025
[4/5] L’éternuement de Télémaque
Dans l’Odyssée, l’éternuement de Télémaque est perçu comme un présage divin annonçant la chute des prétendants. Pour les Grecs, le souffle projeté - éternuement ou rire - relie l’humain au divin et marque une libération du destin.
[4/5] L’éternuement de Télémaque
Après vingt ans d’absence, Ulysse est rentré, mais Ithaque ne le reconnaît pas encore. Déguisé en mendiant, il marche dans sa propre maison comme une ombre. Il observe, attend, tandis que les prétendants arrogants qui convoitent son épouse Pénélope festoient.
Celle-ci, fidèle et lasse, murmure son vœu secret : que ces hommes disparaissent, que l’ordre ancien reprenne sa place.
Elle ignore que son destin est en marche. L’époux est là, le dieu veille, l’histoire retient son souffle. Et soudain, son fils Télémaque éternue avec fracas. Une secousse qui ébranle toute la maison, comme un éclair venu frapper l’instant.
Dans le silence et la résignation, c’est un cri du destin qui a surgi. Pénélope s’arrête, saisie : ce n’est pas un hasard, c’est un souffle divin, un présage salvateur envoyé par l’invisible. Les dieux l’ont entendue et annoncent une libération prochaine. Dans un éclat de rire, elle prophétise : « Mon fils a éternué à l’instant : que la mort frappe les prétendants ! » (Odyssée, chant XVII)
Le voile du doute, enfin, se dissipe.
Dans la culture grecque, le souffle est un fil tendu entre l’humain et le divin, et l’expiration spontanée, l’éternuement et le rire sont l’expression d’une délivrance profonde à la fois de la personne et de la situation. Cet épisode rappelle que le souffle projeté hors de nous permet de nous libérer, de rendre le réel plus perceptible et, peut-être, d’agir de manière plus adaptée aux situations que nous rencontrons.